Je me souviens de la dernière crise financière comme si c’était hier. J’ai du mal à croire que cela fait déjà 10 ans. Je travaillais chez Moody’s Canada à l’époque, et j’ai ensuite occupé des postes à responsabilités croissantes à la Banque Nationale du Canada puis au ministère des Finances. Disons que j’ai pu voir le secteur financier et sa réaction à la crise de tous les points de vue. Il va presque de soi qu’en étant maintenant à la tête de la Société d’assurance-dépôts du Canada j’ai tendance à penser que les dix dernières années nous rapprochent de la prochaine crise, et à me demander si nous serons prêts.

Il est impossible de savoir quand surviendra la prochaine crise financière. Aussi, à la SADC, notre travail repose sur la prémisse qu’une faillite surviendra demain. Ou la semaine prochaine. Ou dans dix ans.

Depuis la dernière crise, les choses ont changé.

Le système financier canadien est plus solide qu’il ne l’était il y a 10 ans. De notre côté, nous sommes mieux placés que jamais pour intervenir auprès d’institutions en difficulté : meilleurs outils de détection, normes plus sévères en matière de volants de fonds propres et de liquidités, plans de règlement plus poussés. Nous disposons en outre d’un régime de recapitalisation interne qui fait porter le poids du risque aux actionnaires et à certaines catégories de créanciers – tous conscients des possibilités de perte lorsqu’ils investissent dans une banque d’importance systémique – et pas aux déposants ou aux contribuables. Le coût du risque, les investisseurs en tiennent compte dans leur prise de décision. C’est en toute connaissance de cause qu’ils consentiraient à recapitaliser la banque. Notre objectif n’est pas d’avoir des institutions financières à l’épreuve de la faillite, qu’il s’agisse des banques d’importance systémique ou des autres. Par contre, nous devons travailler ensemble, avec nos institutions membres et nos partenaires, à accroître le potentiel de règlement de faillite de chacun.

Car, si le système financier est plus robuste, nous devons faire encore mieux pour accroître sa résilience.

C’est à cette résilience que l’on jugera la robustesse de notre système financier. Nous nous sommes donné des objectifs ambitieux en matière de remboursement des dépôts. Dans les cinq prochaines années, en droite ligne des meilleures pratiques du secteur, nous comptons nous doter d’une plateforme technologique nous permettant de rembourser tous les dépôts assurés le jour même de la faillite. Pour y arriver, il nous faudra beaucoup investir dans la technologie et refondre nos processus opérationnels.

Nous mettons tout en œuvre pour faciliter la communication de l’information entre institutions membres de la SADC et courtiers-fiduciaires. C’est à cette condition que nous pourrons calculer les sommes exactes détenues en fiducie par une institution et les rembourser rapidement après la faillite.

Et nous travaillerons en étroite collaboration avec les acteurs du secteur, à la mise en œuvre des changements qui viennent renforcer le régime d’assurance-dépôts, notamment en ce qui concerne les dépôts en fiducie. L’esprit de collaboration qui ressort de mes rencontres avec les dirigeants de nos institutions membres, depuis mon arrivée à la SADC, est très encourageant. Nos objectifs sont ambitieux, mais le monde de la finance évolue rapidement et l’heure n’est pas à la complaisance.

Le volume des dépôts assurables est aujourd’hui de 800 milliards de dollars. Il devrait atteindre le billion lorsque les dépôts en devise deviendront assurables, en 2020. L’assurance-dépôts n’a pas de prix. Il est urgent d’agir pour protéger les déposants et accroître la résilience du système financier canadien en cas de faillite bancaire.

En 52 ans d’existence, la SADC est intervenue auprès de 43 institutions membres. Ces faillites ont touché plus de deux millions de Canadiens, mais personne n’a perdu un seul de ses dépôts assurés par SADC.

Je compte bien conserver ce record.